Que sont-ils devenus ? Rozenn Colleter nous raconte son expérience TEDxRennes

Rozenn Colleter est archéologue et anthropologue à l’Inrap et chercheur associée au CNRS. En 2018, l’équipe de TEDxRennes la convainc d’intervenir sur scène parler de ses travaux menés notamment au Couvent des Jacobins où se déroule la 7e édition de l’événement. Avec son talk « Nous sommes l’Histoire », elle emmène avec elle toute la salle dans son univers et lance l’édition avec énergie et passion.

Aujourd’hui, elle revient avec nous sur cette expérience et nous dévoile les coulisses de sa préparation.

Interview de Rozenn Colleter, intervenante à TEDxRennes 2018

Vous souvenez-vous du moment où on vous a proposé de faire TEDxRennes ?

J’ai d’abord été approchée pour l’édition 2017. Je ne connaissais alors pas les TEDx et, spontanément, j’ai refusé de participer, ne voyant pas ce que je pouvais apporter à l’événement. Mais l’équipe a été patiente et m’a de nouveau approchée l’année suivante, alors que l’événement allait se tenir au Couvent des Jacobins, là où précisément j’avais effectué mes travaux de recherche pendant plus de 2 ans. Ce lieu, que j’allais pouvoir redécouvrir, ajouté aux retours d’amis qui m’avaient convaincue de l’intérêt de diffuser mes travaux par le biais de TEDxRennes, m’ont amenée à dire oui. Sans trop savoir dans quoi je m’embraquais, la curiosité l’a emporté et j’ai signé !

 

C’est alors qu’a débuté le coaching ? 

C’est en effet à ce moment que j’ai découvert l’univers des coachs, Clémence, Guillaume et François, appuyés aussi de Fanny et Régis qui supervisaient le tout. Ils ont été là de bout en bout et m’ont vraiment aidée à améliorer ma performance, tout en me laissant dire ce que j’avais envie de dire. J’en profite pour saluer le travail et l’investissement de ces hommes et femmes de l’ombre, qui font tant pour nous tout au long de cette préparation.

 

Vous connaissiez dès le début le message que vous aviez envie de faire passer ? 

Pas vraiment. J’étais habituée à prendre la parole lors de congrès scientifiques, au cours desquels on traduit un site archéologique, on va jusqu’à une interprétation de ce qu’on a découvert mais on ne fait pas véritablement passer de message. C’était donc quelque chose de nouveau pour moi.

Au début, choisir ce message était un vrai défi. Il y en a tellement qu’on a envie de faire passer. Et finalement, « nous sommes l’histoire » est venu très vite. Dans ma vision des choses, l’archéologie a toujours été l’histoire de tout le monde, des objets qu’on perd, qu’on oublie, qu’on met à la poubelle. C’est l’histoire du commun. Contrairement à la grande Histoire, qui est celle des vainqueurs.

Ensuite, le travail de coaching s’est concentré sur ce message, pour le rendre intelligible et percutant, en ne faisant pas passer trop d’idées autour. Il ne fallait pas noyer le message.

A quel moment vous êtes-vous sentie prête ?

Une fois que j’avais mon texte, j’étais déjà plus à l’aise. Mais on ne se sent jamais vraiment prêt parce qu’on a toujours peur d’oublier une partie alors que chaque élément compte. J’étais donc particulièrement fière de moi après mon talk, ayant réussi à dire tout ce que j’avais prévu.

 

Alors justement, le jour J, vous avez fait une entrée bien à vous. Vous vous souvenez ? 

Oui, je savais dès le début que je voulais entrer sur scène en disant « Bonjour les Jacobins ! », parce que c’était ce que je disais quand j’arrivais sur le site pendant la fouille. Et ce qu’il y a de drôle, c’est que le jour de l’événement, juste avant de passer, j’avais oublié mon entrée ! Alors même que j’avais rabâché cette entrée pendant 6 mois à mes coachs. Ils n’en sont pas revenus ! Et puis ils m’ont mise sur la voie, je me suis lancée et tout s’est bien passé.

En plus, j’ai eu la chance de passer en premier, me libérant assez rapidement du stress et me permettant de profiter sereinement du reste des talks. Même si bien sûr, passer en premier signifie aussi être celui ou celle qui découvre comment la salle réagit, quels sont les bruits, etc. Et la bonne surprise ça a justement été ce dialogue avec la salle, qui a d’ailleurs tout de suite répondu à mon « bonjour ». C’est vrai que, quand je travaillais au Couvent des Jacobins, je n’étais pas habituée à ce qu’on me réponde, encore moins avec autant de ferveur ! On comprend un peu ce que ressentent les artistes quand ils rentrent sur scène, c’est vraiment grisant.

 

Vous faisiez en quelque sorte partie d’une « promo », celle des intervenants 2018. Comment est né ce sentiment d’équipe avec les autres intervenants ? 

Dans un événement comme TEDxRennes, on se rapproche de ses coachs, mais également de ses partenaires de scène. On apprend à se connaitre et on devient une équipe. Nous nous sommes tout d’abord tous rencontrés en tout début d’année 2018, lors de la première répétition générale. Chacun est venu présenter son texte, là où il en était. Le lien s’est alors créé assez rapidement, tout simplement parce que tout le monde angoissait !

On a donc gardé contact, tout au long de la préparation au travers notamment des coachs qui nous faisaient remonter les infos de l’équipe, mais aussi après, à distance ou lors de petites soirées. Bien sûr, le quotidien a repris toute sa place, mais pour autant ce lien perdure et on sait qu’il est là pour longtemps. C’est un vrai réseau.

Sans oublier le jour J, où on est plus que jamais une équipe, à vouloir que chacun réussisse, prenne du plaisir et propose un show qui ravisse le public. 

 

Quelles ont été pour vous les suites de TEDxRennes ?

La suite, c’est surtout pour moi la vidéo. C’est une chance unique de disposer d’un tel outil qui peut être utilisé pour montrer ce qu’on fait en archéologie. Je voulais certes rendre hommage à la profession à travers mon intervention, mais aussi aux hommes et aux femmes qui l’exercent. Je crois que c’est chose faite, car mes collègues ont beaucoup apprécié !

 

Aujourd’hui, quelle est votre actualité ? 

Je suis en train de finir la publication du livre sur Louise de Quengo, dont je parlais durant mon talk et je boucle un nouveau rapport de fouille sur un autre cimetière, celui médiéval d’Olonne-sur-Mer en Vendée.

Et en parallèle, j’ai décroché la bourse européenne Marie Curie pour me former sur l’étude des isotopes en archéologie, qui nous permettent d’analyser l’alimentation des squelettes que nous retrouvons ainsi que leurs origines géographiques.

La bourse est délivrée sur 2 ans, comprenant une année de formation au Canada et une année, de retour en France, durant laquelle je formerai à mon tour des collègues. Pour bien comprendre l’intérêt de cette formation, il faut savoir que l’archéologue détourne tous les appareils à sa disposition, il n’a pas de technique propre à son métier. On a par exemple détourné des PCR qui servaient pour faire de l’ADN actuel pour, nous, en faire de l’ADN ancien. L’étude des isotopes, dans notre monde actuel, sert dans l’alimentaire, pour la traçabilité des produits. Et nous, en archéologie, nous nous en servons pour connaitre les régimes alimentaires et l’origine des sujets.

Cela me permettra aussi de travailler sur un sujet qui me passionne : l’histoire des inégalités dans les sociétés et dont l’alimentation est souvent le reflet. Avec cette technique, nous allons pouvoir savoir si les inégalités étaient aussi prégnantes dans le passé qu’elles le sont aujourd’hui.

Et puis c’est un sujet transdisciplinaire, qui suppose de travailler avec d’autres professionnels qui nous enrichissent. C’est un peu comme l’expérience TEDxRennes ! C’est un vrai plus de vivre ça avec des personnes qui ne sont pas du tout de notre domaine.

 

Un grand merci à Rozenn pour cet entretien qui nous a permis d’en découvrir encore un peu plus sur ce monde passionnant de l’archéologie. Et encore félicitations pour cette bourse !

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